Il y a 110 ans, le 19 décembre 1915...

Un anniversaire qui donne envie d'écrire

Il y a 110 ans, le 19 décembre 1915, naissait Louise, mon arrière-grand-mère.

Je me souviens de ses gilets tricotés. Je l’adorais. Lors des repas de famille, je voulais toujours être assise à côté d’elle. Elle se régalait en mangeant des huîtres. Je revois ses joues ridées se creuser pour aspirer goulûment l’huître. J’étais intriguée, je ne trouvais pas ça appétissant. J’ai essayé et j’ai préféré lui laisser.

Elle répétait à mon papi « Mange Jacques, mange ! », sûrement un souvenir des temps difficiles. Elle aimait les bonbons à la bergamote, elle m’en avait fait goûter. Bergamote, rien que le nom c’est beau. Un cube irrégulier, dans une jolie couleur jaune un peu doré, comme un petit trésor. Maintenant c’est une odeur que j’associe à ma Mémère Louise.

Elle habitait dans un immeuble incroyable, à Reims. Très haut et avec un immense bateau sur le toit. Dans son appartement, un fauteuil avec des franges trônait dans le salon. Je me revois assise par terre, glissant mes doigts dans les franges. Avant, il paraît qu’elle habitait allée des coquelicots, rien que le nom c’est trop beau.

Avant d’être la vieille dame que j’ai connue, elle était couturière. J’ai l’image de l’antique machine à coudre. Je me demande tout ce qu’elle a pu confectionner. Elle portait son petit sac à main en cuir marron en bandoulière et elle racontait que son mari (que je n’ai jamais connu) lui disait dans ces cas-là : « tu as mis ta musette ! ».

À l’époque, l’émission « Le maillon faible » était animée par Laurence Boccolini et Mémère Louise trouvait que c’était une méchante femme. « Ah non, je ne l’aime pas ! ».

Elle est partie trop tôt à mon goût. J’aurais tellement de questions à lui poser et l’envie de l’écouter… Je me souviens du matin, juste avant d’aller au collège, où maman nous a appris qu’elle est partie. J’étais si triste, mais si triste…

Écrire le portrait d'un·e ancêtre

Et vous, c'était qui le héros ou l’héroïne de votre enfance ?

Souvent les gens se disent qu’ils auraient aimé faire écrire ou lire l’histoire de leurs ancêtres, mais que maintenant c’est trop tard. Même si on ne peut plus les interroger directement, on peut rassembler les souvenirs qu’on a d’eux, écrire des portraits à plusieurs voix, pour garder une trace, faire quand même quelque chose pour ces gens qui ont tant compté pour nous. La biographie est un terme qui englobe une vaste réalité d’écrits.

Si leur histoire est pleine de points d’interrogation, on peut quand même écrire un récit. On peut se lancer dans des recherches généalogiques, émettre des hypothèses, leur donner la parole. On peut aussi leur écrire des lettres, parfois on est surpris d’avoir des réponses (je vous assure !).

Bref : écrivez sur les gens que vous aimez.

Céline Minair

Céline Minair est infirmière littéraire. Son idée est de prendre soin des gens avec les livres, les mots et les histoires. Convaincue que chaque histoire mérite d'être racontée, elle se met au service des particuliers et des professionnels en tant que biographe et facilitatrice en écriture.

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