L’écriture pour surmonter ma peur de conduire

La voiture et moi : une histoire qui avait mal démarré.

La voiture et moi, c’est une longue histoire et elle avait mal démarré. Je viens d’un milieu rural. Vous savez (ou pas), ces petits villages au milieu de nulle part sans un seul commerce. Ces endroits où juste pour acheter une baguette de pain, il faut prendre une voiture. Ces patelins où les transports en commun sont une réalité… pour les autres, parce qu’ici c’est inexistant. On me répétait que la voiture c’était la liberté. Je ne comptais pas rester dans mon petit village, j’avais des envies de villes, ces endroits où l’on peut vivre en se passant de voiture.

Le calvaire de l'auto-école

On m’a donc inscrite à l’auto-école. D’abord le code, puis la conduite accompagnée. Je vous passe les détails, parce qu’il y a eu de nombreux rebondissements. Je revois le frigo chez mes parents, sorte de tour de contrôle familiale sur lequel était exposée la France en fragments (on en a mangé des cordons-bleus et des nuggets !), les emplois du temps et les rendez-vous de chacun. Les rendez-vous avec l’auto-école y figuraient. Chacun de ces rendez-vous était une angoisse terrible, je m’arrachais la peau autour des doigts, jusqu’à saigner. On me prenait pour une capricieuse. J’ai des souvenirs terribles d’heure de conduite avec des moniteurs vraiment horribles.

Experte ès transports en commun

Après moult rebondissements, quatre autos-écoles et plusieurs présentations à l’examen du code puis à la conduite, j’ai fini par avoir mon permis. Je me suis dit qu’on allait enfin me foutre la paix. J’avais ce petit papier rose et je ne comptais pas m’en servir. Pendant une dizaine d’années, je me suis très bien passée de la voiture. J’habitais dans le centre-ville de Tours, puis de Nantes, je me débrouillais très bien à pied ou en transport en commun. Parfois les trajets étaient longs mais j’avais une très bonne connaissance du réseau de transport en commun. J’aurais pu travailler à la Tan !

Une princesse capricieuse de refuse de conduire ?

Les choses ont commencé à se corser quand on a déménagé en dehors du centre-ville. Il y a un bus qui passe dans ma rue, le tram se situe à un bon quart d’heure de chez moi, mais si j’ai besoin d’aller ailleurs que dans le centre de la ville, c’est compliqué et long, ou impossible. Puis je suis devenue maman, j’avais une bonne poussette mais une voiture m’aurait bien facilité la vie. Quand on fait les courses et qu’on doit choisir entre le papier toilette et les compotes du petit parce qu’on n’a pas assez de place dans le cabas à roulette, en vrai c’est la loose. Je ne vous parle même pas des problèmes avec les transports en commun ou des intempéries (et à Nantes, il pleut beaucoup !). Et les proches qui vous mettent la pression et vous culpabilisent, l'impression de passer pour une princesse capricieuse qui refuse de conduire. Ceux qui n'ont pas connu cette peur ne peuvent pas imaginer ce que c'est.

La biographie comme point de départ pour avancer

Avant de devenir officiellement biographe, j’ai réalisé la biographie de ma grand-mère. Un exercice très formateur aussi bien côté pro que côté perso. En faisant la biographie avec mamie, j’ai appris des tas de choses sur elle, mais aussi sur ma famille et sur moi. Je savais que mamie a perdu deux enfants, dont un dans un accident de la route. C’est LE grand drame de la famille. Celui dont on ne parle pas mais qui est bien là. Lors des entretiens, j’ai appris des choses et je me suis rendu compte que certaines dates et certains faits se répètent de génération en génération. Très troublant ! J’ai alors découvert la psycho-généalogie et quelle découverte !

La psycho-généalogie pour commencer à mettre des mots

Face à ce que j’appelle des « turbulences biographiques », j’ai ressenti le besoin de me former à la psycho-généalogie, pour compléter ma boîte à outils de biographe et d’infirmière littéraire. Lors de cette formation, j’ai compris qu’il y avait un truc avec cet oncle décédé dans un accident de la route, bien que je ne l’ait jamais connu de son vivant. J’ai pu commencer à mettre des mots sur « ça ».

L'écriture thérapeutique et de reprogrammation

J’ai fait appel à deux thérapeutes. Une avec qui j’ai fait des exercices d’écriture de reprogrammation, ainsi qu’une thérapeute psycho-corporelle. En parallèle, l’écriture thérapeutique m’a accompagné. Au bout de quelques mois, j’ai senti que j’étais prête à aller plus loin. J’ai d’abord poussé la porte d’une auto-école, j’ai repris quelques heures (et au passage, j’ai constaté que le tarif des heures de conduite a bien grimpé depuis mes dernières leçons) et assez rapidement je me suis sentie prête à franchir le cap d’après : conduire ma propre voiture.

La puissance de l'écriture

Mettre des mots, à l’oral puis à l’écrit, poursuivre en me racontant une autre histoire, cela m’a permis de reprendre le contrôle et côté « confiance en moi » c’est incroyable ! Cela fait maintenant 9 mois que j’ai ma voiture, que je m’assoie en face du volant et plus côté passager. J’ai commencé par des tout petits trajets, au début je checkais la route sur google maps avant de monter dans la voiture. Je suis épatée par tout ce chemin parcouru. La voiture me change la vie, me fait gagner du temps et m’a fait faire des pas de géant au niveau de la confiance en moi.

J’ai l’impression d’aller à contre-courant avec le discours ambiant : « prenez le vélo ou les transports en commun », mais pouvoir conduire une voiture n’est pas qu’une histoire de pollution. Pour moi, c’est une revanche, une victoire. Et tout ça, c’est en partie grâce à l’écriture.

Si vous avez un blocage, une peur,

on peut travailler ensemble pour la surmonter !

La photo en haut de l'article ? Elle date de 1940 et vient de mes archives familiales. Mon papi est le petit garçon sur le toit de "Trotinette", c'est le nom de cette voiture. J'aurais pu mettre une photo de "la Fiat du grand-père Tournay", avec ma mamie toute jeune posant à côté. Elle vient d'une famille de cheminot, ce grand-père était le seul à avoir une auto. J'ai acheté ma voiture d'occasion, j'avais quelques critères mais pas de modèle précis en tête. Je suis sortie du concessionnaire avec une Fiat. Je l'ai appelé "Rosie". On a tous des histoires avec les voitures.

Et vous, c'est quoi votre histoire avec les voitures ?

Céline Minair

Céline Minair est infirmière littéraire. Son idée est de prendre soin des gens avec les livres, les mots et les histoires. Convaincue que chaque histoire mérite d'être racontée, elle se met au service des particuliers et des professionnels en tant que biographe et facilitatrice en écriture.

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